La chirurgie orthognathique est envisagée lorsque le décalage des mâchoires vient des os eux-mêmes et qu’il est trop important pour être corrigé par l’orthodontie seule, une fois la croissance terminée. Elle ne remplace pas l’orthodontie : elle s’y associe, avec un appareil posé avant l’intervention et des finitions après. Seul un examen complet permet de dire si votre situation relève de ce type de traitement.
Qu’est-ce que la chirurgie orthognathique ?
C’est une chirurgie du squelette de la face. Le chirurgien maxillo-facial sectionne l’os, repositionne les bases osseuses qui portent les dents, puis les fixe avec des plaques et des vis, explique le service de chirurgie maxillo-faciale du CHU de Tours. L’objectif est d’obtenir une bonne occlusion, c’est-à-dire une bonne façon dont les dents du haut et du bas s’emboîtent.
Selon les cas, l’intervention porte sur la mâchoire du haut, sur celle du bas, ou sur les deux. La Société française d’orthopédie dento-faciale (SFODF) précise que l’intervention sur les deux mâchoires est le cas le plus fréquent, et qu’un remodelage du menton peut y être associé pour équilibrer le profil.
Décalage des mâchoires : quand l’orthodontie seule ne suffit pas
Un décalage entre les dents du haut et du bas peut avoir deux origines. Lorsqu’il est d’origine dentaire, il relève d’un traitement orthodontique classique. Lorsqu’il vient des os, c’est-à-dire d’un décalage entre la mâchoire du haut et celle du bas, la SFODF indique qu’une anomalie squelettique confirmée ne se corrige pas durablement par l’orthodontie seule.
Ce décalage peut se présenter dans plusieurs directions. Outre le décalage entre la base osseuse du haut et celle du bas, la SFODF cite les anomalies verticales (visage long ou court) et transversales (maxillaire étroit, menton décalé sur le côté).
Les situations qui peuvent conduire à en parler
Le CHU de Tours décrit deux grandes familles d’indications :
- des anomalies de l’occlusion pouvant entraîner un déchaussement des dents, des douleurs ou des bruits de l’articulation de la mâchoire, ou une gêne pour manger ou pour parler ;
- des anomalies de la forme du visage : menton en avant ou en arrière, menton dévié, visage long ou court.
La page du cabinet consacrée à ce sujet le résume ainsi : le décalage peut gêner la mastication ou la fermeture de la bouche et modifier le profil du visage. L’objectif du traitement combiné est à la fois fonctionnel et esthétique.
Un cas particulier : l’adulte aux gencives fragiles
Chez certains adultes dont le parodonte (gencive et os qui soutiennent les dents) est fragile, des déplacements orthodontiques trop amples risqueraient de déchausser les dents. La SFODF explique que la chirurgie prend alors le relais pour corriger le décalage.
À quel âge envisager une chirurgie orthognathique ?
Chez l’enfant, la croissance est encore en cours. Des traitements orthopédiques peuvent alors stimuler ou freiner la croissance d’une mâchoire. La Haute Autorité de santé (HAS) range d’ailleurs certaines anomalies des bases osseuses parmi celles à traiter dès l’enfance, en tenant compte du stade de croissance et de maturation.
La chirurgie, elle, intervient plus tard. Pour la SFODF, le patient doit être hors croissance. Le CHU de Tours indique qu’elle peut être proposée à l’adolescent comme à l’adulte, ce qui suppose là aussi une croissance terminée. Chez l’adulte, comme la croissance est achevée, les traitements menés avec un chirurgien maxillo-facial sont fréquents, note la SFODF.
Tous les décalages ne demandent pas pour autant une chirurgie. C’est l’examen clinique et le bilan qui permettent de le dire.
Comment se déroule un traitement orthodontie et chirurgie ?
Le traitement combiné se déroule en trois temps. Il associe deux praticiens : l’orthodontiste et le chirurgien maxillo-facial, chacun dans son rôle.
1. Le bilan et la décision
Selon la SFODF, le bilan comprend un examen clinique des dents, une analyse du visage dans les trois dimensions, une radiographie de profil (téléradiographie) analysée en détail et une étude des moulages dentaires. L’orthodontiste établit un projet de traitement, qu’il peut simuler, puis le transmet au chirurgien.
Le protocole est fixé après l’examen par le chirurgien et une concertation entre les deux praticiens. Le patient doit comprendre et accepter le traitement proposé.
2. La préparation orthodontique
Un appareil est posé pour redresser les dents sur leur base osseuse et supprimer les compensations, ces adaptations des dents qui masquaient en partie le décalage. La préparation dure d’environ 1 à 24 mois selon l’importance des déformations, d’après la SFODF.
Il faut le savoir à l’avance : en fin de préparation, le décalage entre les dents s’accentue. C’est normal, car il reflète alors le décalage réel des os, que la chirurgie va corriger.
3. L’intervention, puis les finitions
L’intervention a lieu dans un établissement hospitalier, avec l’appareil orthodontique en place : le chirurgien prend appui dessus pendant l’opération. Au CHU de Tours, l’incision se fait à l’intérieur de la bouche, donc sans cicatrice visible sur le visage.
Après l’intervention, le traitement orthodontique reprend pour finir de régler l’occlusion et stabiliser le résultat. La SFODF évoque environ six mois de finitions, parfois douze. Hors cas particuliers, elle situe l’ensemble du traitement entre 18 et 36 mois.
La durée d’hospitalisation et les consignes des semaines qui suivent varient selon les centres et les protocoles de chaque chirurgien. C’est l’équipe chirurgicale qui vous les explique.
La chirurgie orthognathique est-elle prise en charge ?
En principe, l’Assurance Maladie ne prend en charge un traitement d’orthodontie que s’il débute avant 16 ans. Il existe toutefois une exception, détaillée sur ameli.fr.
- Après 16 ans, un seul semestre de traitement orthodontique, préalable à une chirurgie des maxillaires, peut être pris en charge à titre exceptionnel. Ce semestre n’est pas renouvelable.
- La demande d’accord préalable doit être accompagnée d’une lettre du praticien qui réalisera l’intervention, justifiant le traitement.
- Les soins doivent commencer au plus tard 6 mois après l’accord.
La SFODF ajoute que ce remboursement permet souvent une prise en charge par la mutuelle complémentaire. La prise en charge de l’intervention elle-même vous est expliquée par le chirurgien. Pour la partie orthodontique, consultez notre page prix d’un traitement orthodontique et remboursement.
En pratique au cabinet de Nanterre
Le Dr Fabrice Soheili est orthodontiste, spécialiste qualifié en orthopédie dento-faciale. Il est titulaire du D.U. Orthodontie et chirurgie (Sorbonne Université, Pitié-Salpêtrière, 2023) et de deux D.I.U. d’orthopédie dento-crânio-maxillo-faciale (2005 et 2022). Depuis 2022, il est chargé d’enseignement à l’Hôpital Universitaire Pitié-Salpêtrière.
Au cabinet, le parcours commence par un premier rendez-vous d’examen clinique des dents et des mâchoires. Le bilan est réalisé lors du deuxième rendez-vous : radiographies, empreintes numériques et photographies. Un devis global vous est ensuite remis.
Si une chirurgie est envisagée, la décision se prend en concertation entre vous, l’orthodontiste et le chirurgien maxillo-facial. L’orthodontiste n’opère pas : il prépare les arcades avant l’intervention et finalise l’occlusion après. Le principe est présenté sur notre page orthodontie et chirurgie orthognathique des mâchoires. Pour un premier avis, découvrez le déroulement des consultations au cabinet.
Questions fréquentes
Tous les décalages des mâchoires nécessitent-ils une chirurgie ?
Non. Un décalage d’origine dentaire se traite par l’orthodontie. La chirurgie n’est envisagée que lorsque le décalage osseux est trop important pour être corrigé par l’orthodontie seule, ce qui s’apprécie après l’examen clinique et le bilan.
L’orthodontiste réalise-t-il l’intervention ?
Non. L’intervention est réalisée par un chirurgien maxillo-facial, à l’hôpital ou en clinique. L’orthodontiste prépare les dents avant et termine le traitement après.
Peut-on porter un appareil discret pendant la préparation ?
Le choix de l’appareil dépend du diagnostic et du plan de traitement. Il se discute avec le Dr Soheili lors du bilan.
Mon traitement peut-il être remboursé si j’ai plus de 16 ans ?
Seulement dans un cas : un semestre de traitement orthodontique préalable à une chirurgie des maxillaires peut être pris en charge à titre exceptionnel, après accord préalable de la caisse. Le secrétariat du cabinet vous indique les démarches.
Sources
- Remboursement des traitements d’orthodontie (ameli.fr)
- Indications de l’orthopédie dento-faciale et dento-maxillo-faciale chez l’enfant et l’adolescent (HAS)
- Traitement chirurgical, partie 1 : phase orthodontique (SFODF)
- Traitement chirurgical, partie 2 : phase chirurgicale (SFODF)
- Le traitement de l’adulte (SFODF)
- Tout savoir sur la prise en charge des traitements orthodontiques (SFODF)
- La chirurgie orthognatique, plaquette d’information (CHRU de Tours, service de chirurgie maxillo-faciale)